| L’insulinothérapie fonctionnelle (I.F.) - Introduction Dr B. Picron (CHU de Charleroi) (2008) | ||
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Vous êtes diabétique traité par l’insuline. Vous avez entendu parler du concept de l’insulinothérapie fonctionnelle. Vous vous demandez si ce traitement peut vous convenir. Alors, ces quelques lignes peuvent vous intéresser. Jusqu’à présent, le diabétique insulinodépendant adaptait son alimentation, ses horaires, son activité physique et, bien souvent, son activité professionnelle et ses loisirs aux contraintes de son traitement par l’insuline. Le patient était dépendant de son traitement. Les horaires anarchiques, le jeûne ou les repas sautés étaient déconseillés la plupart du temps. Actuellement, grâce à l’insulinothérapie fonctionnelle, le patient diabétique de type 1 jouit d’une plus grande liberté dans son mode de vie et son régime alimentaire.
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Bien sûr, manger sainement, d’une manière équilibrée et en 3 repas par jour est toujours recommandé. |
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| Definition | ||
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Ce traitement consiste à imiter le plus possible la sécrétion d’insuline du sujet non diabétique. Il s’agit donc de l’ « insulinothérapie se rapprochant du modèle physiologique ». D’où son nom d’insulinothérapie « fonctionnelle ». L’I.F. a, en premier lieu, comme objectif ambitieux de se rapprocher au mieux de la « normoglycémie » à un prix acceptable pour le patient. C’est-à-dire que tout en cherchant à protéger les patients des complications graves du diabète, le but de l’I.F. est aussi de tenter de diminuer le nombre et la sévérité des hypoglycémies, de stabiliser le profil glycémique et de donner au patient une plus grande liberté alimentaire en améliorant sa qualité de vie.
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Pour cela, le traitement
doit comporter : * une insuline basale : « insuline pour vivre », assurant les besoins en insuline entre les repas ; * une insuline prandiale : « insuline pour manger », adaptée aux apports alimentaires et calculée / 10g de glucides ; * un correctif en insuline : « insuline pour soigner », avant ou après le repas, en tenant compte de l’objectif glycémique personnalisé du patient diabétique. Les moyens utilisés pour mettre en place l’I.F. passent : par la réalisation d’expériences au domicile des patients comme : * un test de jeûne (total ou simple) pour la détermination de l’insuline basale ; * des repas tests pour la détermination de l’insuline prandiale à différents moments de la journée ; * la détermination de l’effet d’une unité d’analogue rapide sur la glycémie instantanée pour corriger l’hyperglycémie (test du bolus) ; * la détermination de l’effet de 15g de sucre pour corriger l’hypoglycémie.
et par la formation diététique des patients : * La quantité de glucides contenue dans un repas détermine, pour l’essentiel, la dose d’insuline nécessaire pour le couvrir. Le patient doit donc apprendre à la calculer lors de chaque repas. * Ceci passe par l’acquisition de connaissances approfondies en diététique : calcul des quantités de glucides, de lipides et de protéines dans les aliments.
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| A qui proposer l’I.F. ? | ||
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Le patient-cible est le diabétique de type 1, traité par un schéma basal-prandial d’insuline avec les analogues rapide et lent ou traité par la pompe sous-cutanée à insuline et répondant aux conditions suivantes : * mal équilibré (mauvaise Hb glyquée) et/ou instable (beaucoup d’hypo- et d’hyperglycémies) ; * soucieux d’approfondir ses notions de diététique ; * désireux d’être responsable et plus autonome dans le traitement de son diabète, surtout : * lorsque la nature et les horaires de ses repas varient beaucoup pour des raisons socio-professionnelles, conviviales et gustatives ; * en cas de voyages fréquents, surtout avec décalages horaires ; * chez les sportifs.
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Peut-on inclure les enfants et adolescents d’une part et les diabétiques de type 2 d’autre part ? * en pédiatrie : elle nécessite que l’enfant soit traité par pompe ou par le schéma basal-prandial (ce qui est loin d’être la majorité des cas) et que ses parents soient formés à l’I.F. L’absence de régime alimentaire trop strict constitue l’un des atouts non négligeables du traitement par l’I.F., surtout chez les enfants pubères désireux de conformer leur alimentation et leur style de vie à ceux des enfants non diabétiques de leur âge ; * les patients atteints de diabète de type 2 : ceci est controversé car, a priori, le traitement du diabète de type 2 repose essentiellement sur une restriction des apports caloriques et lipidiques. En fait, en gérant lui-même les restrictions alimentaires qu’il choisit de s’imposer en toute connaissance de cause, le diabétique de type 2 parvient à perdre du poids et à améliorer son équilibre glycémique. Par ailleurs, 1 à 2 injections quotidiennes d’insuline suffisent généralement à traiter le diabète de type 2, ceci s’opposant au schéma basal-prandial à 4 injections/jour nécessaire pour pratiquer l’I.F. |
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| Concrètement, pour faire de l’I.F., le patient doit accepter : | ||
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* d’améliorer ses connaissances en diététique ; * d’apprendre à comprendre les interactions entre l’insuline, l’alimentation et l’exercice ; * de réaliser des expériences ciblées qui permettront de déterminer ses besoins en insuline (épreuve de jeûne, repas-tests, essais pour corriger la glycémie avec le test du bolus);
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* de faire, au début pendant 1 à 2 mois, 6 à 10 contrôles glycémiques par jour, ensuite 4 à 6 par jour ; * de faire au minimum 4 injections d’insuline par jour ; * de tenir un carnet détaillé où il note : glycémies, doses d’insuline, horaires des repas et des collations, quantités de glucides ingérés à chaque repas,…, activité physique, hypoglycémies, état émotionnel,… |
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| Quelques notions d’histoire : | ||
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Le mouvement en Europe en faveur de l’I.F. peut certainement être attribué, dans les années 80, à des praticiens germaniques : autrichiens Dr. Howorka K. et Dr. Waldhaüsl W. (Vienne) et allemands. Les premiers ont transmis leurs idées vers la Suisse : Dr. Berger W. (Bâle), puis Dr. Grimm J.-J. (Lausanne). Les deuxièmes ont inspiré le Dr. Grimaldi A. (Paris), qui, grâce à l’aide pédagogique apportée par l’équipe du Dr. Assal J.-P. (Genève), a développé la méthode en France il y a plus de dix ans.
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La Belgique francophone n’est pas en reste et plusieurs centres pratiquent déjà l’I.F. sous différentes formes depuis de nombreuses années.
Plus récemment, le Dr. Isabelle Paris (Hôpital Notre-Dame à Charleroi) a contribué à donner une nouvelle jeunesse au mouvement après avoir participé, avec son équipe, à un stage d’éducation à l’I.F. dans le service du Dr. Alfred Penfornis (Besançon).
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| La methode en pratique : | ||
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Dans notre centre, l’enseignement de l’I.F. est dispensé sous la forme de cours hebdomadaires de 2 à 3 heures durant 5 semaines. * Les groupes sont constitués de 5 patients au maximum. * Chaque module est animé conjointement par une diététicienne et par une infirmière. * Le diabétologue est présent au début de chaque module pour répondre aux éventuelles questions des patients et de l’équipe d’éducation. * Par contre, il rencontre individuellement chaque patient en consultation avant les 2ème et 4ème modules pour déterminer sa dose d’insuline basale et ses doses d’insuline prandiale / 10 g de glucides. Pendant les modules, les thèmes suivants sont abordés : * alimentation équilibrée ; * les sources alimentaires de glucides ; * la lecture des étiquettes alimentaires, centrée sur les glucides ; * la teneur en glucides des aliments ; * l’évaluation des quantités de glucides dans l’assiette avec exercices de pesée ; * les grandes lignes de l’index glycémique ; * l’effet sur la glycémie de certains repas plus particuliers (repas gras, alcoolisés,…) et de l’activité physique ; * le rôle des insulines avec adaptation des doses ; * et un atelier sur l’hypoglycémie.
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| Conclusions | ||
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Les premiers résultats obtenus après formation des patients à l’I.F nous semblent très prometteurs : * satisfaction des patients qui semblent savourer tout à la fois leur plus grande liberté alimentaire, l’amélioration de leur qualité de vie, leur plus grande capacité à maîtriser leur affection et leurs meilleurs résultats de glycémies avec moins d’hypoglycémies sévères, * et ce malgré les nombreuses contraintes supplémentaires par rapport aux traitements conventionnels et un apprentissage de comptage des glucides qui reste fastidieux pour bon nombre de patients.
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* satisfaction des soignants qui ont le plaisir de travailler en équipe, d’utiliser et diffuser une méthode « rationnelle » et efficace qui facilite les conseils d’ajustement du traitement. * comme tout programme éducatif, celui-ci se doit bien sûr d’être évolutif en tenant compte des résultats obtenus et des attentes des patients.
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