| Le pied du diable | ||
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• Radix pedis diaboli...ou le pied du diable
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Radix pedis diaboli... ou le pied du diable Ou quelques considérations de prudence à propos des remèdes "naturels" au diabète Par le Dr Philippe Selvais (revue ABD mars-avril 2006) | ||
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« Why not tell them of the Cornish Horror – radix pedis diaboli – strangest case I have handled » («Pourquoi ne pas leur parler de ce terrible empoisonnement en Cornouailles, le pied du diable, le cas le plus extraordinaire que j’aie traité ?» - Sherlock Holmes to Dr Watson, approx. 1897, cit. in A.C. Doyle ‘The Adventure of the Devil’s Foot’ ). La nature est merveilleuse et offre à profusion des substances chimiques dont nous sommes loin d’avoir établi l’inventaire ou étudié les proprietés. Les produits « naturels » sont en vogue et ceci vaut aussi pour les remèdes traditionnels. Si je mets en exergue cette aventure de Sherlock Holmes, traitant d’un empoisonnement par une plante exotique, c’est pour bien vous faire sentir que cet engouement est artificiel. La nature produit autant de poisons que de produits bénéfiques et les produits de loin les plus toxiques sont des toxines végétales ou animales, pas des produits de synthèse chimique ! D’ailleurs le saccharose (sucre de table) est extrait de la canne à sucre ou de la betterave, le cholestérol est un produit naturel des oiseaux et des mammifères,… c’est leur consommation non naturelle voire abusive, ou la difficulté pour certains de les métaboliser, qui les rendent toxiques. Ces considérations de prudence valent aussi pour les dérivés ‘naturels’ proposés comme adjuvants au traitement de maladies comme le diabète. Il a été estimé en 1995 que plus de 1100 dérivés végétaux pouvaient dans certaines conditions avoir des propriétés antidiabétiques (il faut y ajouter certains oligoéléments). Il faut signaler d’emblée qu’au moins un tiers de ces plantes sont franchement toxiques et que pratiquement aucune n’a été étudiée comme l’est un médicament ‘classique’. Une étude américaine en 2003 répertorie environ 50% d’effets secondaires bénins ou graves après la prise de suppléments alimentaires… C’est comparable aux préparations pharmaceutiques classiques. En outre, et c’est bien regrettable, beaucoup de préparations vendues dans nos pays sous les étiquettes « remède naturel » ou « supplément alimentaire » ne sont pas soumises à des contrôles de qualité sévères comme les médicaments. Des accidents peuvent ainsi se produire comme ce fût le cas pour les herbes chinoises, dont certains lots, probablement contaminés par une plante toxique indésirable, ont mené à l’insuffisance rénale terminale plusieurs patients belges. |
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Il ne faut pas pour autant oublier l’intérêt du public pour ces préparations présentées comme naturelles. Aux Etats-Unis où ce phénomène est particulièrement marqué, on estime que le tiers à la moitié des citoyens ont utilisé à l’une ou l’autre occasion une préparation de type « supplément alimentaire » ou « remède naturel ». En attendant cette action des pouvoirs publics, prudence et rigueur s’imposent. Je voudrais utiliser ceci par deux exemples pris dans le traitement du diabète de type 2 : la « galega officinalis », le précurseur de la metformine, le médicament (pharmaceutique classique) antidiabétique oral le plus prescrit en Belgique et la « cinnamon cassia » ou cannelle, dont une préparation (supplément alimentaire) a été étudiée pour la toute première fois un peu rigoureusement et dont des concentrés divers sont maintenant proposés à la vente dans nos pays. |
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| Galega officinalis
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Cette plante originaire des régions méridionales d’Europe fournit une substance, la galégine, dont les propriétés hypoglycémiantes ont été découvertes puis étudiées dans les années 1925. Les premiers essais d’utilisation de préparations purifiées ou de phytothérapie du diabète ont été menés dès les années 1930 en France avec beaucoup d’effets secondaires. Des dérivés synthétiques proches de la galégine furent développés après la guerre et employés dès les années 1950.
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Ils suivirent une procédure pharmaceutique classique comprenant des dizaines d’études (études de l’efficacité et de la toxicité chez l’animal, puis études de tolérance et toxicité chez l’homme, détermination des doses de traitement, élimination d’un dérivé trop toxique (la phenformine) et promotion du dérivé actuel moins toxique (la metformine), études d’efficacité chez l’homme, études visant à déterminer le mode d’action, essais cliniques randomisés à petite échelle puis grande étude sur plusieurs milliers de patients suivis pendant plusieurs années démontrant le bénéfice au long cours pour le patient diabétique traité comme dans un bras de la fameuse étude UKPDS, enregistrement officiel enfin même aux Etats-unis initialement réticents envers ce médicament « européen »).
Au terme de ce parcours de près de quatre-vingt ans, la metformine est le médicament antidiabétique oral le plus prescrit. Elle a été très largement copiée, son efficacité ne fait plus de doute. Hélas, elle n’est pas dénuée d’effets secondaires mais ils sont connus. Les patients à éviter comme les patients les plus susceptibles de répondre à ce traitement sont sélectionnables. |
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| Cinnamon cassia
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La cannelle, cette épice qui saupoudre les tartes aux pommes et les pains d’épices, est devenue la vedette des traitements antidiabétiques « naturels ». Depuis quelques années, des scientifiques ont montré son action hypoglycémiante dans des modèles cellulaires in vitro, ce qui reste fort loin de l’homme. Des composés chimiques mimant l’action de l’insuline in vitro ont aussi été extraits de la cannelle. Fin 2003, la grande revue de diabétologie clinique américaine Diabetes Care publiait les résultats d’une étude d’agronomes et nutrionistes américains et pakistanais comparant contre placebo les effets glycémiques et lipidiques favorables d’un traitement par la cannelle. Seulement 60 sujets étaient étudiés pour une durée de 60 jours, ce qui reste une étude modeste. Une réduction des glycémies à jeun et des valeurs de lipides était observée dans la plupart mais pas dans tous les groupes traités. Malheureusement pour une étude de diabétologie, l’hémoglobine glycquée n’avait pas été mesurée et la méthodologie de l’étude a été critiquée. C’est donc un terrain d’étude prometteur qui s’ouvre mais il reste très peu exploré et il y persiste bien des incertitudes. En outre, comme signalé ci-dessus, les « compléments alimentaires » comme la cannelle ne sont pas soumis aux contrôles imposés aux médicaments. La prudence conseille de ne pas se précipiter sur la cannelle, mais la curiosité scientifique impose de poursuivre les études de manière plus large et rigoureuse. Nous en sommes là. Il me faut cependant ajouter que l’un de mes patients a décidé de prendre des suppléments de cannelle, que celui lui a clairement redonné confiance et motivation, et que l’équilibre de son diabète s’est nettement amélioré… parce qu’il prend de la cannelle ou parce qu’il s’est motivé pour le régime ? Je suis bien incapable de le dire. C’est pour cela qu’il nous faut des études sérieuses et à plus grande échelle/plus long cours. |
| En guise de conclusion
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« You know my methods, Watson !” (Sh. Holmes)
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![]() Références : - Khan A et al. Cinnamon improves glucose and lipids of people with type 2 diabetes. Diabetes Care 2003 ; 26:3215-3218 - McCarthy MF. Nutraceutical resources for diabetes prevention – an update. Med Hypoth 2005 ; 64 : 151-158 - Yeh GY et al. Systematic review of herbs and dietary supplements for glycemic control in diabetes. Diabetes Care 2003 ; 26 : 1277 – 1294 - Pasik C et al. Glucophage 1957 – 1997 : 40 ans au service de la diabétologie. Média Mémoire, Paris, 1997 - Saenz A et al. Metformin monotherapy for type 2 diabetes mellitus. The Cochrane Library, Issue 4, 2005. |
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