L’Association Belge du Diabète s’associe à la Société Francophone du Diabète (Alfediam) en recommandant aux patients diabétiques de poursuivre leur traitement par insuline
(d’après une communiqué de presse de l’Alfediam)

 

Des études publiées récemment sur l’évaluation d’un lien possible entre la prise d’analogues de l’insuline et le risque de cancer ont entraîné une confusion, des interrogations et des inquiétudes parmi les patients diabétiques et les médecins qui les suivent. Au regard de résultats discordants et de la nécessité d’attendre des analyses approfondies, nous recommandons à tous les patients diabétiques de poursuivre leur traitement. Elle souligne les dangers d’une modification du traitement sans avis médical.

Les analogues lents de l’insuline : une efficacité prouvée

Les analogues de l’insuline dits lents sont injectés une ou deux fois par jour, puisqu’ils bénéficient d’une action de longue durée. Ce type d’insuline, dont fait partie la glargine (Lantus®), a considérablement amélioré l’équilibre glycémique et la qualité de vie des patients diabétiques de type 1, en réduisant notamment de manière significative les risques d’hypoglycémie. C’est d’ailleurs pour cette propriété qu’elle est également prescrite à des patients diabétiques de type 2.

Les patients, s’ils souhaitent modifier leur traitement, doivent impérativement prendre conseil auprès de leur médecin afin de bénéficier d’un suivi très rapproché pendant la mise en place d’un autre traitement par insuline qui peut représenter une alternative à la Lantus à la condition d'une adaptation nouvelle des doses, voire du nombre d’injections et d'une surveillance glycémique étroite. Un risque de déséquilibre glycémique majeur existe en effet lors de changements importants d’un schéma insulinique chez tout diabétique sous insuline. Cette recommandation s'applique plus encore aux diabétiques de type 1.

L’avis d’un spécialiste du diabète peut s’avérer particulièrement opportun en de pareilles circonstances. En effet, le choix d'une insuline appropriée doit être individualisé en fonction du type de diabète, de l'âge, de l'évolution du poids et du danger que font courir les hypoglycémies en regard du risque cardiovasculaire. Ainsi, la balance bénéfices/risques d'une insuline diffère selon les patients.

Des résultats d’étude discordants à approfondir

4 études menées en Europe sur le relevé de registres ont étudié le lien entre insuline et cancer. Ces registres regardent a posteriori ce qui est survenu chez des personnes traitées par un médicament donné. Ils fournissent des informations qui seront ensuite confirmées ou non par des études plus poussées. Les résultats discordants ne permettent pas pour l’instant d’établir un lien avéré. Seules les analyses approfondies demandées par l’Agence Européenne du Médicament et la FDA (agence américaine) permettront d’affirmer ou d’infirmer ce lien. Ces informations devraient être obtenues dans les prochains mois afin d'éclairer les patients et médecins sur la réalité ou non de ce risque.

A ce stade, deux études ont démontré un impact significatif :

·         En Suède, un lien entre cancer du sein et insuline a été établi avec une faible augmentation du risque lié à la Lantus lorsqu’elle est utilisée seule. Cette élévation n'est curieusement plus retrouvée quand la Lantus est associée à d'autres insulines. Aucun impact n'est retrouvé pour les autres cancers.

·         En Allemagne, un lien a été également établi : augmentation du risque de cancer sans précision sur le type de cancer, en relation avec les doses administrées.

Au contraire deux autres études n’ont pas démontré d’impact significatif :

·         En Ecosse, le risque n'atteint pas un niveau significatif, ce qui laisse la possibilité d'évoquer l'implication d'autres causes d'autant que la combinaison de l'insuline glargine aux autres insulines réduit légèrement le risque de cancer du sein.

·         En Angleterre, aucun lien n’a été retenu entre insuline glargine et cancer du sein, du colon ou de la prostate. Toutes les insulines, et même les sulfamides hypoglycémiants augmentent un peu le risque alors que la metformine le réduit, y compris lorsqu'elle est associée à l'insuline.

La durée de suivi des patients dans ces 4 études est plus courte que celle généralement considérée comme étant nécessaire à l'évaluation des risques de cancer en rapport avec un médicament.

Ces études n'apportent aucune information sur l'autre analogue long, l’insuline detemir (Levemir®)

D’autres études seront donc nécessaires pour progresser dans la compréhension de cette importante question.

Dr Laurent CRENIER – Secrétaire général de l’Association Belge du Diabète.