Le rôle de l'index glycémique dans la prévention de l'obésité et du diabète

(Glycemic index, obesity and diabetes) 
Par le Docteur Janet WARREN (Oxford Brookes University, UK) 
ABSTRACT - Colloque scientifique international « Index glycémique : 
des données inédites sur le pain français », Paris, FRANCE (04/2004)

L'index glycémique (IG) renvoie au potentiel d'augmentation des taux sanguins de glucose après consommation d'aliments glucidiques ; les aliments à faible IG entraînent, par rapport à ceux possédant un IG élevé, une moindre hausse de la glycémie postprandiale. Définie pour la première fois par des chercheurs du Canada au début des années 1980, cette notion d'IG est un sujet d'actualité. La science nutritionnelle en a fait le centre d'un ardent débat et il s'agit également du concept qui sous-tend plusieurs ouvrages de diététique à grand succès sur le marché.

Le fondement théorique de l'effet de l'IG a été expliqué par les conséquences métaboliques différentes liées à la consommation d'aliments dotés d'un IG élevé pour les uns, faible pour les autres. Quand on ingère un aliment à IG élevé, il s'ensuit une réponse insulinique rapide et nette, ce qui favorise la capture de glucose stimulant la glycogenèse et la lipogenèse, de même que le freinage de la gluconéogenèse et de la lipolyse. Un taux de glycémie bas peut survenir de 2 à 4 heures après un repas à IG élevé, d'où une plus forte chute de la vitesse d'oxydation du glucose, et une baisse du taux d'acides gras libres. A leur tour, ces facteurs déclenchent une réponse hormonale contre-régulatrice afin de rétablir les taux sanguins de glucose et d'acides gras libres. Un net contraste existe entre ceci et la réponse physiologique à un repas à IG faible.'

Cette présentation fera la synthèse des preuves du rôle possible joué dans la prévention de l'obésité par l'IG. Une grande partie de ces preuves est issue d'études d'alimentation à court terme qui ont mis en évidence un rassasiement postprandial et/ou une satiété préprandiale plus important(e) et/ou une prise de nourriture réduite à la suite d'un repas à IG faible. 2 Deux études à moyen terme de 5 et 12 semaines ont aussi démontré une amélioration de la perte de poids ou de masse grasse chez les personnes suivant un régime à faible IG.3~ a

Il ressort d'une étude novatrice de Ludwig et al.5 que la prise alimentaire volontaire d'enfants obèses à qui l'on faisait prendre un petit-déjeuner à IG élevé, moyen ou faible et un déjeuner de même teneur énergétique, était, pour le reste de la journée, de 53 % supérieure après le petit-déjeuner à IG élevé.

Plus récemment Ball et al. ont laissé entrevoir une prolongation de la satiété après des repas à IG faible chez l'adolescent obèses A cela s'ajoute la découverte faite par le Groupe des Sciences de la Nutrition et de l'Alimentation de l'Université d'Oxford Brookes, Oxford, RU, selon laquelle chez des enfants tant normaux qu'en surpoids, l'apport énergétique à l'occasion d'un déjeuner de style buffet était significativement moindre après un petit-déjeuner à IG faible en comparaison d'un petit déjeuner à IG élevé. Le sexe et l'état pondéral n'avaient aucune incidence sur ces résultats.'

La prévention de l'obésité constitue un élément clé de la prévention du diabète de type 2 et c'est pourquoi il convient de s'intéresser à toute intervention nutritionnelle susceptible de se traduire par une réduction de l'apport alimentaire. Le rôle de l'IG dans la prise en charge du diabète est controversé, avec des différences entre recommandations internationales pour le régime des diabétiques. Si, au Royaume Uni et en Europe, de récentes recommandations prônent l'usage d'aliments à IG faible plutôt qu'à IG élevé, ce n'est pas le cas des directives américaines, qui évoquent quant à elles un défaut de preuves de qualité à long terme. Une méta-analyse du rôle de l'IG dans le diabète, publiée au début de cette année, a trouvé que par rapport aux régimes à IG élevé, les régimes à faible IG s'accompagnaient de taux plus bas de glycémie à jeun et de protéines glyquées (une mesure de l'équilibrage glycémique à long terme), et a préconisé d'inclure le concept d'IG dans l'éducation en matière de diabète.8

Selon toute apparence, l'IG jouerait un rôle dans la prévention de l'obésité et du diabète et, aussi, dans le traitement de ce dernier. Le concept d'IG s'avère d'une complexité trompeuse et un grand nombre de questions se posent toujours au sujet de son application. L'un dans l'autre, il semble vraiment judicieux à tout le moins de recommander les aliments à IG faible en appoint des recommandations pour une façon saine standard de se nourrir ou ayant trait au diabète. Des travaux de recherche à long terme supplémentaires s'imposent en vue de faire plus complètement la lumière sur le rôle de l'IG dans la prise en charge de l'obésité et du diabète.


Références :

1. Ludwig DS. The glycemic index. Journal of the American Medical Association. 2002;287(18):2414-2423.

2. Brand-Miller JC, Holt SH, Pawlak DB, McMillan J. Glycemic index and obesity. American Journal Clinicat Nutrition. Jul 2002;76:281 S-285S.

3. Bouche C, Rizkalla S, Luo J, et al. Five-week, low-glycemic index diet decreases total fat mass and improves plasma lipid profile in moderately overweight men. Diabetes Care. 2002;25:822-828.

4. Slabber M, Barnard H, Kuyl J, Dannhauser A, Schall R. Effects of a low-insulin response, energy-restricted diet on weight loss and plasma insulin concentrations in hyperinsulinemic obese females. American Journal Clinicat Nutrition. 1994;60:48-53.

5. Ludwig DS, Majzoub JA, AI-Zahrani A, Dallal GE, Blanco I, Roberts SB. High glycemic index foods, overeating, and obesity. Pediatrics. 1999;103(3):E261-E266.

6. Ball S, Keller K, Moyer-Mileur L, Ding Y, Donaldson D, Jackson W. Prolongation of satiety after low versus moderately high glycemic index meals in obese adolescents. Pediatrics. 2003;111:488-494.

7. Warren JM, Henry CJ, Simonite V. Low glycemic index breakfasts and reduced food intake in preadolescent children. Pediatrics. 2003;112(5):e414-419.

8. Anderson JW, Randles KM, Kendall CWC, Jenkins DJA. Carbohydrate and fiber recommendations for individuals with diabetes: A quantitative assessment and metaanalysis of the evidence.

Journal of the American College of Nutrition. 2004;23(1):517. (*) Colloque scientifique international « Index glycémique : des données inédits sur le pain français », Paris, FRANCE (04/2004)

 

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