Le groupe pied diabétique

Le pied diabétique est l'une des complications du diabète. Depuis 2006, le groupe pied de l'ABD réunit des professionnels de santé spécialisés dans cette affection qui nécessite une prise en charge rapide. Rencontre avec sa présidente, le Dr Mercedes Heureux.

(Revue ABD mars-avril 2014)

 

 

ABD : Dr Heureux, pouvez-vous nous rappeler ce que l'on entend par "pied diabétique"?

Ce terme désigne l'ensemble des affections atteignant le pied, directement liées aux conséquences du diabète. Celles-ci sont de trois ordres : neurologique, artérielle et infectieuse. Les plaies qui sont souvent secondaires à des traumatismes mineurs peuvent, si elles ne sont pas rapidement prises en charge, mener à des amputations. On estime à environ 800 000 le nombre de personnes diabétiques en Belgique. Si l'on considère que 4 % des diabétiques présenteront au moins une fois dans leur vie un ulcère plantaire comme complication de leur diabète, cela représente 32 000 patients. Parmi ceux-ci 15 % auront une amputation mineure ou majeure. Les coûts engendrés par un ulcère du pied sont estimés à 1600 euros/an par patient. Pour une amputation, les coûts sont eux majorés à 30 000 euros/an par patient.

Quelle est la finalité du groupe pied de l'ABD ?

Il a été créé en 2006 et il rassemble des bandagistes - chausseurs - orthésistes - prothésistes, des infirmier(e)s spécialisé(e)s en diabétologie ou en soins de plaies, des médecins (dermatologues, diabétologues, physiothérapeutes), ainsi que des podologues sensibilisés à la problématique du pied diabétique. Il se réunit 4 à 6 fois par an et a pour objectifs principaux d'harmoniser la pratique médicale et paramédicale, d'élaborer des journées d'information, de créer des outils formatifs afin d'obtenir une meilleure prise en charge du pied chez la personne diabétique. Le groupe collabore également avec son homologue néerlandophone, la Diabetes Liga (anciennement Vlaamse Diabetes Vereniging) afin de promouvoir une politique curative et préventive efficace au niveau national.

Comment s'organise la prise en charge du pied diabétique dans notre pays ?

Lors de la survenue d'une plaie, vous vous adresserez le plus généralement à votre médecin généraliste, à une infirmière ou à un podologue qui assurent les soins de première ligne. Dans certains cas, vous serez dirigé vers un spécialiste qui consulte à l'hôpital ou vers un service d'urgence qui constitue les soins de deuxième ligne. Depuis juin 2005, l'INAMI a défini par Arrêté royal une convention déterminant des critères pour la création de "clinique curative du pied diabétique de 3ème ligne". Actuellement, il existe 34 centres reconnus. Cette convention a pour but de prendre en charge de manière multidisciplinaire la personne diabétique ayant des plaies au pied ou un pied de Charcot afin de permettre la cicatrisation des plaies, d'éviter des amputations et de prévenir l'apparition de nouvelles plaies. Ces cliniques sont régulièrement évaluées via le système IPQED-Pied (Initiative pour la Promotion de la Qualité et Epidémiologie dans les cliniques multidisciplinaires du pied diabétique). La collecte des données 2011-2012 révèle que 1600 patients se sont présentés avec un problème de pied important dans les différents centres conventionnés répartis à travers la Belgique. Nous ignorons cependant le nombre de patients suivis dans les centres non conventionnés ou par leur médecin traitant. Notons que seuls 33 % d'entre eux sont référencés par leur généraliste.

"Une prise en charge rapide et spécialisée est essentielle pour limiter les risques d'infection et d'amputation."

Quelles sont d'après vous les améliorations qui pourraient encore être apportées dans la prise en charge du pied diabétique ?

Les améliorations sont de deux ordres. Au niveau préventif tout d'abord, il faudrait une distribution efficace des outils éducatifs existants tels que le passeport du diabète qui donne droit à 2 consultations de podologie remboursées par an pour les personnes diabétiques qui présentent un pied à risque d'ulcération (risque 1). L'idéal serait d'augmenter le nombre de remboursements à 6 fois par an pour les personnes diabétiques à risque. Il conviendrait également d'améliorer le remboursement des soins infirmiers de 1re ligne afin de permettre une meilleure prise en charge en ambulatoire. Au niveau curatif, il est essentiel de sensibiliser les patients et tous les intervenants à l'importance d'une prise en charge rapide en cas de plaie. S'il n'existe aucune amélioration de l'ulcération endéans les deux semaines, le patient doit être référé dan sun centre spécialisé. Or, selon le dernier rapport d'IPQED-Pied, la durée moyenne entre la survenue de la plaie et la prise en charge dans une clinique spécialisée était de 4 semaines. Seule une prise en charge rapide permet d'éviter le risque d'infection et d'amputations.

Pédicure, podologue, ces termes sont souvent confondus par le grand public. Qu'est-ce qui distingue exactement ces deux professions ?

Ces professions sont souvent confondues en effet mais elles sont totalement distinctes tant du point de vue de la formation que des actes posés par chacun. L'accès à la profession et la fonction de podologue - qui est une profession paramédicale - est réglementé par un Arrêté royal du 15 octobre 2001. Un podologue doit suivre une formation de 3 ans minimum, à temps plein, dans une des 3 écoles reconnues en Belgique. Pour les pédicures, il existe différentes filières de formation. Ils suivent soit une 7ième année en enseignement secondaire, soit une formation dans un établissement de promotion sociale ou encore dans un institut privé. Le podologue, sur prescription médicale, traite les plaintes du patient liées aux anomalies du système locomoteur mais s'occupe également des affections au niveau de la peau et des ongles. Il occupe donc un rôle clef dans le traitement des patients atteints d'affection systémique comme le diabète ou le rhumatisme. La pédicure soigne les pieds dans le but unique de maintenir ou d'améliorer l'aspect esthétique des pieds.

Il n'est sans doute pas non plus inutile de repréciser les conditions de remboursement des semelles et chaussures orthopédiques...

Les semelles orthopédiques sont remboursées partiellement tous les deux ans sur prescription médicale d'un rhumatologue, d'un chirurgien orthopédique, vasculaire ou physiothérapeute. Les chaussures préfabriquées pour patient diabétique à risque sont remboursées à concurrence de 139,75 € une fois par an. Quant aux chaussures orthopédiques sur mesure, elles sont remboursées annuellement jusqu'à l'âge de 65 ans. Après, cela dépendra de la pathologie, avec un remboursement soit chaque année, soit tous les deux ans. La participation du patient varie suivant la catégorie, entre 32 et 128 €.

Enfin, quels sont les bons réflexes pour éviter les plaires ?

La personne diabétique doit examiner ses pieds tous les jours de manière attentive. Il est capital de désinfecter aussitôt une plaie qui apparaît. Si vous n'êtes plus apte à soigner vos pieds vous-même, faites vous aider par un membre de votre famille, un podologue, l'infirmière à domicile. Il ne faut pas non plus hésiter à consulter un professionnel spécialisé si vous présentez une blessure, même minime, au niveau du pied.

Soins de pied - quelques conseils

Le groupe pied diabétique - A l'avant-plan : Mathieu Quidousse (podologue), Mercedes Heureux (diabétologue) & Jacques Vijfeyken (technologie en orthopédie). Au second rang : Véronique del Marmol (dermatologue), Marie Magdeleine Lefort (infirmière spécialisée en soins de plaies), Nicole Hussin (infirmière spécialisée en diabétologie), Claire Demarre (idem), Isabelle Dumont (diabétologue), Kristien Van Acker (idem) et Patricia Felix (idem)

 

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